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Horizons / Détroit

  • Horizons
  • Editeur : Barclay

Oui, c'est Bertrand Cantat !  et oui, c'est un album magnifique que nous vous invitons à écouter.  Nous ne jugeons que l'artiste... et celui-ci a un grand talent. En voici une critique :

 D’emblée, évacuer de l’horizon ce qui n’a pas lieu d’y être. Horizons n’est pas une pièce au dossier mais un album, le premier post-Noir Désir, post-apocalypse et post-traumas, de Bertrand Cantat. Un album coécrit et joué avec Pascal Humbert (jadis membre de Passion Fodder et 16 Horsepower) 
Ce qu’on entend et reconnaît d’abord, c’est la voix de Bertrand Cantat, cordes vocales en cuir mouillé et râpé, qu’on retrouve très proche de celle d’il y a quinze ans, juste un peu moins lyrique. Bertrand Cantat est l’ancien chanteur de Noir Désir, et ça s’entend dans Horizons, qu’on peut écouter comme un lointain affluent échappé des méandres de Des visages des figures, le dernier album du groupe. Sans Le vent nous portera. Ici, le vent souffle rarement (encore que, ça fouette sur la très belle Le Creux de ta main), mais il y a de l’électricité dans l’air, l’orage se rapproche. Des chansons plutôt lentes, parfois terrassées, des micro rythmes hypnotiques, des guitares en arpèges et d’autres comme des éclairs diffractés, quelques chœurs presque gospel et la basse à la place du moteur.
Du rock élémentaire, précis et concentré. A la fois félin et rampant, qui toujours retombe sur ses pattes, et continue à avancer… Dans les textes de Cantat, on suit des traces autobiographiques : des mots et des maux, “ange de désolation”, “le rythme carcéral/ Passe par la tuyauterie/Un dialogue de misère/ Pour dire qu’on est en vie”… De la stupeur, de la tristesse infinie. Et des horizons, résumés en deux phrases : “Que plus jamais personne ne nous oblige à vivre / En mettant dos à dos spirituel et sensuel”, “On mixera la voûte céleste avec le macadam”. A propos du blues, l’immense Dick Annegarn parlait d’“effondrement par le haut”. Et c’est peut-être ce blues-là, cette transcendance sans dieu, pour exister après l’enfer, que raconte Horizons. [Les Inrocks]

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